Body Scan, de l’intérieur autant que de l’extérieur…
Une danse à l’écoute de son corps et du corps de l’autre, une confrontation à cet autre et à notre regard de spectateur…
Benoît Lachambre et Su-Feh Lee nous proposent avec cette chorégraphie une plongée dans un univers collectif tout autant que personnel tout en résonnance autour du corps. Comme ils nous le précisent au début de leur spectacle, il s’agit d’une expérience d’écoute de son corps et du positionnement dans son corps, du public vers la danse et des danseurs entre eux. Un travail cru, mais jamais violent…

Deux créateurs travaillent ici sur la lenteur, l’étirement, la profondeur: celle du corps et celle du son. Une forme d’adéquation surgit entre les processus de Myriam Gourfink la chorégraphe, qui frôle l’immobilité du yoga, et les infimes mouvement de la musique spectrale de Georg-Friedrich Hass.

Le corps de l’une avec le corps de l’autre.
La première image est celle de deux corps qui n’en forment presque qu’un seul. Les cheveux de l’une se mêlent aux cheveux de l’autre… L’amour entre-deux être ou juste le jeu d’un corps et de son ombre ?
Chacun se fera son idée…
Gémellité des gestes, beauté des enchaînements…
À la fois rugueuse et vive, la danse offre une symbiose d’harmonies et de désarticulations belles et folles.
Les danseuses, en écho l’une à l’autre, se battent avec la terre et luttent contre la pensenteur…
Un combat soutenu ou la vie semble inscrite dans sa propre dualité, à l’écart de l’autre être et pourtant plongée dans les même affres
Seule entorse à la gémellité, la rencontre fortuite ou nécessaire de ses deux corps qui retrouvent contact l’un avec l’autre, dans une autre dimension de souffle et de silence…
Eric Legay
Trio 03; Des lutteurs, de chair et de puissance, l’échine courbée, accablés, sous le fardeau de leurs ames lourdes. Corps animal, unis par des liens invisibles qui tissent leurs membres comme pour chercher une issue. Combat d’union ou de liberté où les chairs se cherchent, se fuient, s’attirent, se donnent l’une à l’autre, sans visage, sous des cagoules de bourreau, avec des gestes de violences et de tendresses melées… Sublime…

Christine Coudun revisite son histoire avec la reprise de Contrepied qui comme dans ses autres pièces aborde le masculin et le féminin dans la différence et la confrontation.
Ici, deux univers distincts se côtoient et s’expriment, chacun avec son jeu de danse et de balle. De figures sportives dansées au ralentie,en ballons de grossesses postiches désinvoltes, tout marque les univers de l’homme et de la femme dans leur éternelle observation et leur dualité.
Nous voilà donc sur un terrain de vie et de foot, devant des corps qui nous dansent un monde anarchique de jeu d’humour et de séduction avec un maître arbitre, ici bien dépité par ces propres lois: des petits cartons de couleur. Et ce monde qui tourne, qui tourne…
Mathilde Monnier et La Ribot dans Gustavia, un périple qui flirte avec les limites…
Mathilde et Maria nous saturent avec les larmoiements fatigants des caprices de l’enfance et nous imposent un cri d’ordre sexuel que l’on ne peut pas attribuer à la jouissance.
Il ne faut pas oublier l’humour qui est semé çà et là dans le spectacle et la sensualité de Mathide qui chute dans des vracs osés qui sont notre ravissement.
Et ce noir corbillard qui habille la pièce, et la planche qui s’abat une multitude de fois sur la tête de Mathilde, la fesant tomber dans l’inconscience et lui permettant de rejaillir telle une fée pour revenir chaque fois sous le couperet.
Il y a aussi ses pauses où la peau se dessine sur le papier noir de la scène, ses duos de voix…
Gustavia est une sorte de condensé de l’énergie vitale qui anime les deux femmes qui sont à la fois à la fois quotidiennes et sublimes, femmes sexuées et mortes en devenir.

« Is you me » la dernière création de Benoît Lachambre…
Peut-être y étiez-vous ? C’était en juin au Abbesse. On pouvait voir sur le plateau deux formes, Benoit Lachambre et Louise Lecavalier, encadrés d’un côté par un musicien Hahn Rowe qui performait en live et de l’autre par un plasticien Laurent Goldring qui tel un alchimiste des sciences informatiques, faisait danser sa peinture sur les corps et sur le décor…
A la fois maître des lumières, capable de faire disparaître un danseur en quelques coups de brosse, Laurent Goldring s’empare de l’espace scénique pour y peindre une œuvre animée qui se confronte à la danse de corps qui, sans jamais nous montrer un petit morceau de peau, cherchent le graphisme dans leurs mouvements. Peut-être une métaphore aux petites choses que nous sommes sur cette grande planète en délire. Dans tous les cas, une symbiose superbe entre danse et peinture magnifiquement soutenue par la musique de l’excellent Hahn Rowe.
Autant dire que ça m’a plu.
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